Le Judaisme comme race et comme religion par Ernest Renan

July 16, 2019

Le Judaisme comme race et comme religion par Ernest Renan

Titre de livre: Le Judaisme comme race et comme religion

Auteur: Ernest Renan

Broché: 20 pages

Date de sortie: February 12, 2017

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Ernest Renan avec Le Judaisme comme race et comme religion

Extrait :

Messieurs,


Votre accueil bienveillant me touche plus que je ne saurais dire ; mais la solennité de cette tribune me trouble un peu. J’avais accepté de parler ce soir devant vous, à la condition que notre entretien ne serait qu’un simple échange de réflexions sans nul artifice oratoire. Cet appareil de sténographie m’intimide ; car, ce que je voulais, c’était simplement de penser en quelque sorte tout haut devant vous sur un des sujets vers lesquels mes recherches se portent le plus souvent depuis quelque temps. Je réclame votre indulgence pour un exposé qui ne devait être, dans ma pensée, qu’une simple conversation et que votre empressement à venir y assister transforme en conférence. Le sujet parle de lui-même et me soutiendra.

Je voudrais échanger quelques idées avec vous sur la distinction que, selon moi, il importe de faire entre la question religieuse et la question ethnographique en ce qui concerne le judaïsme. Que le judaïsme soit une religion et une grande religion, cela est clair comme le jour. Mais on va d’ordinaire plus loin. On considère le judaïsme comme un fait de race, on dit : « la race juive » ; on suppose, en un mot, que le peuple juif, qui, à l’origine, créa cette religion, l’a toujours gardée pour lui seul. On voit bien que le christianisme s’en est détaché à une certaine époque ; mais on se laisse aller volontiers à croire que ce petit peuple créateur est resté toujours identique à lui-même, si bien qu’un juif de religion serait toujours un juif de sang. Jusqu’à quel point cela est-il vrai ? Dans quelle mesure ne convient-il pas de modifier une telle conception ? Nous allons l’examiner. Mais auparavant permettez-moi de poser bien nettement la question au moyen d’une comparaison.

Il y a dans le monde, à Bombay, une petite religion qui est celle des parsis, l’ancienne religion de la Perse. Dans ce cas, la question est bien claire. Le parsisme est une religion qui a été nationale à l’origine et qui est gardée par une race évidemment plus ou moins homogène ; je ne crois pas qu’il y ait jamais eu, en effet, beaucoup de conversions au parsisme. Voilà donc un fait religieux exactement connexe à un fait de race.

Prenons, au contraire, le protestantisme dans les pays où il est en minorité, comme en France. Ici la situation est inverse, il n’y a pas de fait ethnographique. Pourquoi un homme est-il protestant ? Parce que ses ancêtres l’ont été. Pourquoi ses ancêtres l’ont-ils été ? Parce qu’au XVIe siècle, ils se sont trouvés dans une disposition intellectuelle et morale qui les a amenés à adopter la réforme du christianisme. L’ethnographie n’a que faire en pareil cas, et c’est vainement qu’on viendrait dire que ceux qui se sont faits protestants au XVIe siècle avaient bien pour cela quelque raison de race. Ce serait là une subtilité, ou du moins une considération d’un autre ordre que celles dont nous nous occupons en ce moment.

Dans le parsisme, au contraire, il y a certainement un fait ethnographique ; car, je le répète, il y a très peu d’esprit de prosélytisme dans cette petite société religieuse parquée à Bombay.

Eh bien, quelle est la situation du judaïsme ? Est-ce quelque chose d’analogue au protestantisme, ou bien est-ce une religion ethnographique comme le parsisme ? Voilà le point sur lequel je voudrais que nous réfléchissions ensemble aujourd’hui.

Il y a un principe fondamental qui ne m’arrêtera pas longtemps, messieurs. Je parle devant des personnes au courant de la science, et le principe dont il s’agit est en quelque sorte l’a b c de la science des religions : c’est la distinction des religions nationales ou locales et des religions universelles.

De religions universelles, il n’y en a que trois...